Le cauchemar de Darwin...

Haplochrominiens
tourteau bis
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Moutardef a écrit : Pour revenir au sujet, je ne suis pas sur qu'en aidant les autres, on les aide vraiment. En tout cas, sur q'on se donne bonne conscience en se disant "qu'on fait quelque chose". mais dans ce cas, on le fait pour nous, pas pour les autres. Il faut voir si les motivations sont extrinsèques ou intrinsèques comme on dit. Je vote pour intrinsèque. Si je donne dix balles, c'est pour calmer ma conscience, pas pour aider. Mais pas sur que ca les aide.....
Dans le doute, la moins mauvaise des solutions, c'est peut être de ne rien faire. Pas facile n'est ce pas ? !
:D

Bon juste pour dire que si l'humain était altruiste pour soulager sa conscience ...et bien enfin on apprend que la conscience sert a qq chose !!! mais peut-être c'est vrai c'est mieux... de ne pas avoir de conscience ou de se faire plaisir en... tirant sur l'autre
C'est vraiment pas facile !




tourteau bis
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slam a écrit :L'Humain est le cancer de la Terre.
Il est la moisissure qui se répand et fini par pourrir l'orange (bleue).

:grr: no future for us
Tu nous en reparlera quand tu croiser ale regard de tes enfants ...
enfin faudra quand m^me un evoluer d'etat d'esprit avant quand même
humilis
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j'ai arrété de manger de la perche acheté dans le commerce,meme si c'est vraiment trés bon !!

je la pécherai dans les belles riviéres de nos contrées pour en consommer de nouveau!!
de toute facon on ne saura jamais a qui profite ce marché lucratif
je vois pas ce qu'on peut faire de plus a notre niveau!
humilis
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samaki a écrit :helo oui alors montons une action capable de favoriser la fondation de coopératives de pêche et d'élevage controlés et dirigés par les gens sur place.
xris
oui et puis finir assasiner a peine arriver sur les lieux ,une fois morts on ne sert plus a grand chose!

je dis ca sans aucune agressivité envers toi mais plutot d'une facon réaliste
tourteau bis
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samaki a écrit :
helianthus a écrit :Pour ceux que ça intéressent , c?est un sujet qui a été longuement débattu sur l?autre forum


http://www.cichlides.com/forum/viewtopi ... 43&start=0
Il n'y a pas grand chose la dedans si ce n'est un deversement de bile et d'amertume. En tou cas peu d'infos .
Xris :) :D
non y a aussi çà :

Article publié le 27 mars 2006
Par Michel GUERRIN & Jacques MANDELBAUM



"Darwin" ou le malentendu documentaire


Le Cauchemar de Darwin, film documentaire de l'Autrichien Hubert Sauper, a été un des jolis succès de l'année écoulée, avec 400 000 entrées dans les salles de cinéma. Gros succès critique aussi pour un film qui a obtenu un César et était nominé aux Oscars d'Hollywood. Il est vrai que le sujet est attractif : montrer comment l'Occident a tout à gagner de l'exploitation de la perche du Nil, poisson du lac Victoria, en Tanzanie, et comment la région où a été tourné ce film a tout à perdre. Rarement un film aurait aussi bien démonté, à travers un fait local, les mécanismes de la mondialisation et ses méfaits. De nombreux spectateurs ont vu se vérifier sur grand écran des convictions profondes quant à la façon dont l'Occident capitaliste exploite ce qu'on appelait le tiers-monde. Sans doute est-ce la raison principale du succès du Cauchemar de Darwin, film qui existe en DVD et que l'on pourra revoir, le 24 avril, sur Arte. C'est aussi parce que le film a beaucoup été vu qu'il est devenu objet de polémique. Dans la revue Les Temps Modernes (n° 635-636), l'historien François Garçon a contesté la réalité des faits alignés par Hubert Sauper. Pour se faire sa propre idée, un journaliste du Monde s'est rendu dans la ville de Mwanza, au bord du lac Victoria, où a eu lieu le tournage (Le Monde du 4 mars). Selon notre enquête, trois aspects du film posent problème : après dépeçage des poissons, les carcasses ne seraient pas destinées à la population, mais aux poulets et aux porcs ; cette activité économique participe au développement de la population locale et non à son appauvrissement ; il n'y a aucune preuve du lien entre le transport du poisson et un trafic d'armes, alors que ce lien, suggéré dans le film, figure sur l'affiche et en assurait la promotion. Pour sa défense, Sauper livre un argument brandi par un nombre toujours plus grand de documentaristes : "Mon langage à moi, c'est celui du cinéma." Sous-entendu, il faut juger le film au regard de la subjectivité du cinéaste. Sauper a sans doute intellectuellement raison. Pratiquement, ce n'est pas si simple. Le Cauchemar de Darwin participe de l'arrivée en force, dans les salles de cinéma, de films qui se situent sur le terrain de l'actualité et de l'information, plongent dans la politique et l'économie mondiales, décortiquent les pouvoirs en place. On pense aux brûlots de Michael Moore, notamment Fahrenheit 9/11, qui dresse un portrait au vitriol de George Bush, ou Mondovino, de Jonathan Nossiter, qui montre comment la mondialisation formate les exploitations viticoles. Leurs auteurs se placent sur le terrain du journalisme avec d'autres armes, au sens où ils réalisent des enquêtes à charge au nom d'une profession de foi explicite. Mais on voit bien l'ambiguïté de tels sujets au cinéma : si les partis pris ne sont pas clairement affichés sur l'écran, ce qui se veut un projet allégorique peut être perçu par le public comme une accumulation de faits irréfutables. On peut reprocher à Hubert Sauper d'avoir insuffisamment manifesté cette subjectivité en jouant sur les seules apparences du reportage et du témoignage filmé. Sauper avance "masqué" dans un film-essai qui se présente comme une enquête froide. C'est sans doute ce qui a nourri la polémique, à l'inverse d'autres films qui pourraient être pareillement contestés. Au-delà, les grands cinéastes dits documentaires - Jean Rouch, Johan Van der Keuken, Robert Kramer ou Raymond Depardon - ont montré que le cinéma moderne a depuis longtemps fait sauter les frontières qui séparent le documentaire de la fiction, affirmant ici et là la primauté subjective du point de vue et l'ambiguïté qui lui est liée. MANIPULATION OU TRAHISON L'histoire du documentaire, en raison du malentendu qu'entraîne sa définition, est semée de polémiques récurrentes sur la manipulation ou la trahison de la réalité. Rappelons deux exemples célèbres. Nanouk l'Esquimau (1921), de Robert Flaherty, filme la vie quotidienne de Nanouk et de sa famille dans le Grand Nord canadien. La sortie triomphale du film suscite une polémique sur la "mise en scène" de Flaherty, qui aurait reconstitué une scène de pêche fictive, bricolé un igloo aux dimensions extravagantes, fait fabriquer des vêtements pour les acteurs du film, réinventé une réalité dont beaucoup d'éléments étaient au mieux caducs au moment du tournage, au pire inexistants. Cette approche idéologique du réalisateur, sous laquelle se devine une attitude hostile aux mutations de la modernité, n'empêche pas le film d'être un magnifique témoignage, fût-il reconstitué et idéalisé, sur la culture traditionnelle des esquimaux. Terre sans pain (1933), de Luis Buñuel, est un film de dénonciation poussé au noir de la misère de la population des Hurdes, en Espagne. Le cinéaste et critique Jean-Louis Comolli découvre, en 1996, les rushes du film à la Cinémathèque de Toulouse. Révélant ce que Buñuel a délibérément rejeté (des manifestations de solidarité communautaire, de tendresse, d'enthousiasme...), ceux-ci confirment le parti pris de mise en scène du film, qui consiste à priver cette population de son humanité : "Choix de montage, c'est-à-dire choix de sens et de ton. Noircir le trait. Forcer la note. (...) La misère est insupportable ? Que son spectacle lui aussi le devienne. Car la question du cinéaste est toujours la même (c'est une question politique) : comment réveiller en chaque spectateur les doutes et les crises que le spectacle a plutôt pour mission de refouler et d'éloigner ?", écrit Comolli. Ces exemples montrent que tout film est d'abord une représentation, une reconstitution de la réalité, un état non pas du monde, mais du rapport du cinéaste au monde qu'il filme, rapport qui ne s'exempte pas des enjeux idéologiques, moraux et culturels de l'époque dans laquelle le film s'inscrit. Tout film, y compris documentaire, est à ce titre un mensonge dont on peut au mieux espérer qu'il soit mis au service d'une vérité. Avec le film de Sauper, on n'est pas loin du principe selon lequel "la fin justifie les moyens". Pour certains, ceux qui considèrent sa lecture de l'usine de poissons comme un contresens ou que tout n'est pas à jeter au lac dans la mondialisation, le cinéaste est allé trop loin. D'autres salueront la tonalité allégorique et pamphlétaire d'un film remarquable sur l'exploitation séculaire de l'Afrique. On entre ici dans un débat politique qui dépasse l'objet du litige. Au plan du cinéma, Johan Van der Keuken confessait avant sa mort : "Peu importe la tricherie, le fond doit être sain." Il ajoutait : "La peste du documentaire, c'est de vouloir expliquer le monde sans cet énorme trou du doute, du non-savoir." Michel Guerrin et Jacques Mandelbaum Article paru dans l'édition du 28.03.06
Moutardef
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Il y a beaucoup de différences entre l'analyse et l'interprétation. Je résume...
L'analyse est plus proche de "dire ce qui est", c'est à dire décrire (prendre une photo), on est dans une démarche de Perception de l'information, en l'interprétation est tout autre. Elle cherche entre autre à construire autre chose, quelque chose de plus que la réalité (je vous passe les débats sur la réalité). L'interprétation peut être un avis, un jugement. Nous sommes là dans un processus de Décision (je décide si la photo est belle ou pas). Et de toutes façons, il n'y a pas de frontière entre les deux, comme ça, c'est encore moins clair...
C'est bien, dans le sens "ambitieux", de vouloir analyser quelque chose. C'est pas facile voire impossible. Interpréter, c'est aussi mettre un peu de soi dans le travail, c'est à dire qu'en interprétant, on parle aussi de soi, pas que du sujet. Ecoutez (ou lisez) quelqu'un qui vous parle de quelque chose, vous en apprendrez autant sur lui que sur le quelque chose en question.
"Les mots qu'on dit savent de nous des choses qu'on ignore..." c'est sûrement pas de moi.

On va analyser/interpréter la réalité, un film docu cherche à le faire, mais ensuite, nous, on analyse/interprète le film, pas la réalité dont s'inspire le film. Et je dis "s'inspire".

Alors dans tous nos débats si dessus, on analyse ou on interprète ? Et quoi, le film ou la réalité (du moins celle qu'on a à l'esprit) ?
On parle de nous ou de l'Afrique, de la mondialisation ou de la culture machin chose ?

Frédéric. (sans côte de Bourg)
:wink:
samaki
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Hello franchement ghislain, si tu aimes la perche du nil , et bien te genes pas d'en acheter et d'en manger :) :lol: Est ce que l'on fait le rapprochement chez nous entre les milliers de sans abris ou de travailleurs précaires et les élevages de poulets ou de porcs??? demande 'ton à ces éleveurs combien de personnes ils pourraient nourrir avec leur production??? :no: :no: il y a donc une façon de recevoir les infos et la réalité de celles ci, d'autant plus qu'ici, nous sommes habitués à survoler les nouvelles sans vraiment prendre le temps de connaitre et savoir les antécedents ou les implications futures, nous sommes une société qui se met elle même en scène et se regarde à travers le prisme de nos idéaux et bonne conscience, certaines fois sans aucun rapport avec ce que vivent la majorité des êtres humains :roll: autour de nous
ce film évoque la pauvreté, ses images auraient pu être tourné partout dans le monde ou 3/4 de la population survit avec ce que nous considérerions comme des déchèts, c'est un simple constat.
le boycott des perches pourrait facilement entrainé la chute des cours et de la production et là ce serait vraiment le cauchemar pour les 3 millions de gens dépendant de cette industrie, dèjà que ces pays ont subis de plein fouet la chute des cours du ,cacao, café, thé, etc.. comment peut vivre un pays sans entrées de devises??, si quelq'un a la recette, qu'il ne se gène pas de la donner, moi je ne sais pas, mais je trouverais cruel de priver 3 millions de personnes de leur gagne pain(mieux d'un espoir de vie meilleure) sous un pretexte idéologique ou des bons sentiments.
Xris
Il existe des milliers de coppératives dans presque tous les pays d'Afrique qui ont prouvé leur efficacité en organisant et dévellopant le cas échéant la production de nourriture, de biens.
:)
Croire qu'il suffit de salir la réputation d'une autre personne pour être reconnu et se sentir grand est une grave erreur, justifier son intolérance par une prétendue victimisation est plus qu'une erreur, c'est signe de défaillance intellectuelle et de malhonnêteté intrinsèque profonde.

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Harry-Proton
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adam a écrit :Le professeur africain en face de lui était trés content du reportage, pour lui tout cela décrivait bien la réalité du terrain!
et oui ! ...
slam
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En tous cas ce film diffusé sur Arte (je ne l'avais pas encore vu) m'a foutu la nausée et mon repas fut très écourté...
C'est dégeulasse !!! :x
Je ne boufferais plus de perche du Nil... ni de crevettes de Madagascar, ni de saumon, ni de poissons de fond, ni de soja, ni de ... et puis je ne boufferais plus rien !!! (mis à part les quelques légumes de mon jardin)
...je ne mettrai plus de coton, n'achèterai plus de contre-plaqué, et puis je n'achèterai plus rien ...
mais où va-t-on ???!!!
:cry: :cry: :cry:
Harry-Proton
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slam a écrit : ... et puis je ne boufferais plus rien !!! [...] et puis je n'achèterai plus rien ...
sauf que :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Commerce_%C3%A9quitable
tout espoir n'est pas perdu :wink:
slam
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J'exagérais exprès, car j'étais écoeuré :x
Mais t'as raison l'proton ! Ca fait un moment, que j'achète du café ou du thé équitable, mais bon, ce n'est pas encore assez développé ce style de commerce. Un gros dilemme se pose à moi quand j'achète du poisson, vaut-il mieux acheter du sauvage (en raréfaction, surtout les benthiques + avec un peu de mercure et de plomb) ou de l'élevage nourri avec des farines de...poisson sauvage :??:
samaki
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Le Cauchemar de Darwin, une énorme imposture ?
Interview de François Garçon, auteur d?une « Enquête sur le Cauchemar de Darwin »

lundi 26 mars 2007, par Vitraulle Mboungou


Le Cauchemar de Darwin, film documentaire d?Hubert Sauper, a été salué par la critique et le public lors de sa sortie dans les salles françaises en 2005. Ce film, qui dénonce les effets dévastateurs de la mondialisation en Tanzanie et dans les pays africains, est aujourd?hui remis en cause par un historien du cinéma, François Garçon, dans son livre, Enquête sur le Cauchemar de Darwin, publié chez Flammarion. Interview.

 





Fruit d?une longue enquête faite sur l?exploitation de la perche du Nil autour du lac Victoria à Mwanza, ville portuaire de Tanzanie, le film documentaire d?Hubert Sauper, Le Cauchemar de Darwin, dénonce le troc monstrueux qui se déroule dans cette ville et qui consiste à échanger ce poisson contre des armes génocidaires. Introduit dans les années 1950, ce poisson est présenté comme un dangereux prédateur qui menacerait la biodiversité et générerait une prostitution locale, la progression du sida et le phénomène des enfants abandonnés. Une thèse avec laquelle, François Garçon, historien du cinéma et maître de conférence à la Sorbonne, n?est pas d?accord, et qu?il démonte point par point dans son livre, Enquête sur le Cauchemar de Darwin. Ce dernier est en quelque sorte la suite d?une contre-enquête publiée dans le n° 635 de la revue Les Temps modernes (nov-déc 2005), près d?un an après la sortie du film. L?historien reprochait déjà au réalisateur autrichien d?avoir instruit uniquement à charge, sans aucune preuve, faisant donc du film une fiction, une mystification et non un documentaire. Il a ainsi provoqué une vive polémique qui a duré des mois durant lesquels il a fait face à de nombreuses critiques. Il est accusé notamment d?appuyer sa démonstration sur une recherche documentaire et non sur une investigation sur place, ce qui va le pousser à se rendre pendant douze jours à Mwanza où il va rencontrer les protagonistes du film, interroger certains spécialistes et scientifiques. De là est né ce livre extraordinairement bien documenté et toujours référencé, qui se révèle être encore plus accablant pour Hubert Sauper accusé d?avoir tout inventé « à des fins purement mercantiles ».

Afrik : Pouvez-vous résumer le film, Le Cauchemar de Darwin, pour ceux qui ne l?auraient pas vu ?
François Garçon : Sorti en France en mars 2005, Le Cauchemar de Darwin est un film documentaire réalisé sur la base d?une longue enquête faite à Mwanza, ville portuaire de Tanzanie où vivent beaucoup de pêcheurs. Hubert Sauper, le réalisateur, décrit de manière minutieuse un trafic qui s?établit de la manière suivante : des avions en provenance d?Europe se posent à l?aéroport de Mwanza, embarquent un poisson qui s?appelle la perche du Nil pêché dans le lac Victoria et payé avec des armes génocidaires. C?est donc un troc monstrueux où nous, Occidentaux participons en privant la population locale de cette ressource protéinée. En contrepartie, nous leur apportons des armes avec lesquelles, elle s?entretue. Et autour de ce commerce, prolifère la prostitution avec bien évidemment l?épidémie du sida et les enfants abandonnés puisque l?industrie de la pêche a attiré autour du lac des hommes qui ont abandonné leur famille.

Afrik : Pourquoi avoir choisi ce film pour votre enquête ?
François Garçon : Je ne l?ai pas choisi. C?est un film qui m?est apparu la première fois que je l?ai vu, extrêmement violent et incroyablement démonstratif. Je suis de manière attentive tout qui se passe en Afrique, notamment dans la presse anglo-saxonne. Mais, tant dans la presse française qu?anglo-saxonne, je n?avais jamais lu quelque chose se rapportant à ce trafic. Vu le nombre important d?envoyés spéciaux en Afrique et l?importance qu?a pris ce continent dans le monde médiatique et le nombre considérable d?ONG qui sont au chevet de certains Etats malades d?Afrique, j?ai été intrigué de n?avoir jamais lu une ligne sur ce troc monstrueux. Je suis donc retourné voir le film. Et là j?ai eu une perception radicalement différente. Je me suis rendu compte qu?en regardant de près toutes les histoires rapportées par Sauper, on pouvait apercevoir une étiquette portant la mention « mensonge ». A partir de là, je l?ai soupçonné d?être un formidable imposteur. J?ai donc décidé de lever le voile en écrivant cet article paru dans la revue Les Temps modernes et par la suite ce livre.

Afrik : Que reprochez-vous exactement à ce film ?
François Garçon : Pour moi, ce film est une énorme imposture qui a été fabriquée par quelqu?un qui a beaucoup de talent mais qui reste un imposteur. Prenant par exemple l?histoire de l?introduction de la perche du Nil dans le lac Victoria présentée comme une entreprise diabolique. On voit un type qui dit : « un jour, un homme, un poisson, un saut et le mal était fait ». Alors que cette perche a été introduite dans ce lac après un long débat de près de 25 ans (1930-1954), opposant les scientifiques qui étaient contre toute introduction de nouvelles espèces par peur de bouleverser l?équilibre écologique, et les politiques qui cherchaient à rendre plus fertile un lac très peu poissonneux. Il y a ensuite la question des enfants abandonnés, un phénomène présent partout sur le continent. Ce n?est donc pas la conséquence de l?exportation et de l?industrialisation de la perche. Ceux du film, nous les avons retrouvés, interviewés et filmés. Ils affirment avoir été payés par Hubert Sauper pour jouer des scènes, notamment celles où on les voit se battre. Cette information a été publiée dans la presse tanzanienne par Richard Gamba, le journaliste d?investigation vu à la fin du film, que nous avons également rencontré. Le journal publie même les sommes données aux enfants. Quant à la prostitution, c?est un phénomène mineur à Mwanza lié à la présence des industries minières qui sont à côté, et dont les employés sont consommateurs de prostituées. Enfin, Hubert Sauper sous-entend que Mwanza est la plaque tournante du commerce des armes sans fournir aucune image le prouvant alors même qu?il est resté six mois sur place et que l?accès à l?aéroport est totalement libre, que la couverture optique de l?aéroport peut se faire facilement du fait d?énormes masses de rochers qui surplombent l?aéroport. Hors lorsqu?on emmène des armes, on a besoin à la fois des grosses logistiques au sol mais aussi de la protection, soit militaire, soit, si elle est mafieuse, paramilitaire. Et là, rien, pas d?image. Bref, il a tout inventé de A à Z. On en a la preuve à deux reprises, notamment lorsqu?il utilise les médias locaux pour étayer sa thèse. Il commence d?abord avec une information concernant la Sierra Léone, à 6 000 Km de Mwanza, publiée dans un journal anglais qui s?appelle Focus on Africa et qui remonte à 1997 ; puis avec une autre dont la majorité de la presse tanzanienne a parlé : le 2 octobre 2001, un avion en provenance d?Israël et en direction d?Angola, s?est arrêté à l?aéroport de Mwanza à cause de problèmes techniques. Les autorités en montant à bord, ont trouvé 35 tonnes d?armes. Cet événement a eu un véritable impact médiatique dans le pays, prouvant ainsi que ce genre de fait est exceptionnel. Je pense que ce film est une énorme salissure faite aux Tanzaniens et à la Tanzanie.

Afrik : Comment expliquez vous le fait que les journalistes ne se soient alors pas aperçus de ce « grand mensonge » ?
François Garçon : Il y a plusieurs choses. D?une part, il y a les journalistes spécialisés dans la critique cinématographique et il y a les journalistes politiques. Les premiers n?ont aucune connaissance du fond, ils ne connaissent pas l?Afrique, leur seule connaissance qui est également la mienne, c?est celle des clubs de vacance. Ce n?est pas un reproche, simplement, ces gens là devraient s?abstenir étant ignorant, de porter des jugements sur le fond et se limiter aux critiques d?ordre cinéphilique. Hors ils ont été au-delà et ont pris pour argent comptant ce que Sauper leur avait raconté et sont partis dans des dithyrambes consternantes de bêtises. Il y a également les autres journalistes qui sont des spécialistes de l?Afrique. Ces derniers ont été très peu entendus. Ils n?ont participé à aucun jury de cinéma dans les festivals où ce film a été présenté et où il recevait récompense sur récompense. Ce sont souvent des anciens cinéastes ou des critiques cinématographiques qui y participent et qui sont pour la plupart d?entre eux des gens d?une profonde inculture politique. Par ailleurs, pour écrire mon livre, je me suis servi d?une série de thèses qui ont été mises à la disposition des journalistes français par les Tanzaniens eux-mêmes en novembre 2005. Toutes les rédactions parisiennes ont reçu un démenti émanant de National Fishering of Tazania en disant que ce film mentait et argumentant sur le mensonge. Aucun journaliste ne s?est intéressé à ce papier. J?accuse donc les journalistes de se désintéresser à l?information dès l?instant que cela ne vient pas de journalistes blancs. Pourquoi ce document de sept pages très bien documenté émis par des Tanzaniens, dont je me suis d?ailleurs inspiré, n?a pas été repris pas la presse française ? Et pourquoi, moi j?ai eu un tel impact avec l?article paru dans Les Temps modernes ?

Afrik : Et comment l?expliquez-vous ?
François Garçon : Il y a d?abord un phénomène flagrant, c?est le racisme. C?est déjà un premier élément, c?est-à-dire qu?un argument scientifique, analysé et développé venant d?un Tanzanien n?est pas pris en compte, parce qu?ils se disent qu?ils ont à faire à une information venant d?un pays où la corruption règne, où la vérification des données est impossible et où il est très compliqué de se rendre parce qu?il faut changer trois fois d?avion et sur place il y a des visas à obtenir. Et donc il y a à la fois racisme et paresse. La paresse est un formidable moteur de médiocrité, et la presse française est un extraordinaire lieu de concentration de médiocrité associée à la paresse. C?est la raison pour laquelle, moi étant blanc franco-suisse, mon papier a eu plus d?impact, il était écrit en français en plus, et dans une revue qui était Les Temps modernes.

Afrik : Certains ont incité les citoyens à boycotter cette fameuse perche?
François Garçon : Ce sont principalement les mouvements alter-mondialistes qui ont incité au boycott de la perche car ils ont été, comme tout le monde, secoués par le film. Je ne peux pas faire de reproches à ces gens d?avoir milité dans ce sens. Mais en appelant à la baisse des aides financières européennes pour la Tanzanie, ils ont accumulé selon moi les démarches d?une profonde crétinerie alors qu?on peut les soupçonner vouloir venir en aide à des populations qui sont en grande difficulté. La Tanzanie est un pays pauvre qui essaye de s?en sortir, et de voir ces gens qui sont des nantis appeler à l?aggravation du martyr de cette population, est une « couillerie » aberrante.

Afrik : Vous avez été énormément attaqué à la suite de l?article dans Les Temps modernes, notamment sur votre passé professionnel et sur le fait que contrairement à Sauper, vous n?avez pas mis les pieds sur place?
François Garçon : De tous ceux qui ont rendu un hommage sans fin au film, aucun n?a été sur place, tout comme moi qui l?ai éreinté. En quoi mes arguments pesaient moins que les leurs ? Je pense que ce qui doit primer en toute circonstance, c?est l?usage du sens critique, c?est-à-dire vérifier ce qu?a montré et dit Hubert Sauper à l?écran, lors des dizaines, des centaines d?interviews qu?il a données, est cohérent et peut être vérifier à partir de sources, notamment écrites. On m?a également attaqué sur mon passé professionnel. Un certain nombre de journalistes se sont inquiétés de savoir si j?étais un marchand d?armes, un importateur de poissons ou si j?étais associé avec la mafia russe ou si je m?occupais de réseaux de prostitution sur l?Ukraine. Comme j?ai enseigné pendant 20 ans à l?école polytechnique et que j?ai travaillé à la direction de la prospective du groupe Havas, ils m?ont soupçonné d?avoir des liens avec la Françafrique. C?est un « crachat » pour discréditer la parole gênante.

Afrik : Vous vous êtes finalement rendu en Tanzanie ?
François Garçon : Le fait qu?on m?ait reproché de n?y avoir jamais mis les pieds, m?a donc donné envie d?aller vérifier si les intuitions que j?avais conceptualisées étaient fondées. Une fois là-bas, je me suis aperçu que le mensonge était encore pire que ce que je pensais. On avait les témoignages des personnes présentes dans le film qui affirmaient qu?il les avait utilisées et les avait fait jouer comme des acteurs. On comprend alors qu?on a affaire à quelqu?un de complètement cynique qui pour des raisons purement mercantiles, pour que son film ait un impact commercial, a inventé, derrière le paravent du message et de l?objectivité documentaire, une fiction qui salit les gens. Il faut tout de même préciser que la Tanzanie est un régime démocratiquement élu où cohabitent les musulmans et les chrétiens, un régime qui après une politique socialiste forcenée, a pris de manière pacifique un tour libéral. De ce fait, il mérite un minimum de respect. Il n?a rien à voir avec le Darfour ou la Sierra Léone.

Afrik : Après votre contre-enquête sur place, quels sont selon vous, les conséquences de ce film sur les Tanzaniens en général et les personnages du film en particulier ?
François Garçon : La première conséquence, c?est que vous êtes très mal reçu parce que vous êtes blanc et qu?avant vous il y a un autre blanc qui est passé et qui les a tous trompés. Les gens étaient très méfiants et suspicieux. Ils n?ont pas été très coopératifs, ce que je comprends parfaitement. La seconde conséquence que nous n?avons pas eu le temps de réellement vérifier puisque nous sommes restés sur place que 12 jours, c?est l?impact des boycotts sur l?exportation du poisson. Désormais, la grande distribution achète le poisson au Vietnam et aux Caraïbes.

Afrik : A la fin du livre, vous renvoyez les lecteurs au site Internet, mwanzainterviews.com, pour quelles raisons ?
François Garçon : Le site a été crée par un ami. Les choses étaient tellement terribles, que j?ai voulu que les gens puissent par eux-mêmes vérifier l?authenticité de ce que nous rapportons. Je demande aux lecteurs d?avoir le même esprit critique que j?ai eu à l?égard du film. Vous pouvez ainsi voir sur le site les interviews filmées sur des plans fixes, il n?y a pas de coupes ni de montages. C?est la fourniture des preuves au sens juridique du terme.

 François Garçon, Enquête sur le Cauchemar de Darwin, Flammarion, 2006, 262 p.
les bons sentiments d'ici peuvent quant ils sont basés sur un mensonge et une tromperie avoir des conséquences dramatiques sur l'économie tanzanienne et indirectement sur les populations qui vivent grace à cette industrie. En récoltant tous ces prix, le film a fait perdre la crédibilité qui restait sur l'objectivité des documentaires en provenance d'Europe quant ils exposent des problèmes de pays du tiers monde et pire il a fait pratiquement couler une des seules économies qui fonctionnait dans un pays démocratique. Quel gachis, qu'on ne s'étonne pas de voir arriver des clandos quant on coule les économies de ces pays par nos bons sentiments et visions érronnées du continent Africain.
xris :no: :grr:
Croire qu'il suffit de salir la réputation d'une autre personne pour être reconnu et se sentir grand est une grave erreur, justifier son intolérance par une prétendue victimisation est plus qu'une erreur, c'est signe de défaillance intellectuelle et de malhonnêteté intrinsèque profonde.

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Fabien N.
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La réponse du réalisateur au premier article de F. Garçon sur le site de "Là-bas si j'y suis" : http://www.la-bas.org/archives-browser/

rechercher dans les archives l'émission intitulées "Le cauchemar de Darwin"
samaki
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:)
Oui je l'ai lu mais moi même j'ai été dérouté ^par la mauvaise foi évidente de certains commentaires de la voix off en décalage complet avec ce que disaient les gens de mwanza, notamment les prostitués et ceux qui traitaient les t^tes de perches du NIL. ensuite un reportage anglais a été diffusé il y a environ 1 an tourné à Mwanza et qui interwievait des gens sur place, aucuns n'a tenu les discours que ce soit disant documentaire leur prétait. il y a donc un grand décalage. Ensuite à qui profite ce film??? certainement pas aux africains de Tanzanie qui ont vu le cours de la perche s'éffondrer et le boycott d'un des seuls moyens de faire entrer les devises. CQFD le crime profite aux criminels pas aux innocents.
les images de misère extrême , tu peux les voir dans un nombre de pays africains qui eux ne vendent pas de perches du NIl, Il est facile de jouer sur la corde sensible des occidentaux et sur la bonne conscience mais en induisant ce type de conséquences dramatiques, je trouve cela criminel.
xris :grr:
Croire qu'il suffit de salir la réputation d'une autre personne pour être reconnu et se sentir grand est une grave erreur, justifier son intolérance par une prétendue victimisation est plus qu'une erreur, c'est signe de défaillance intellectuelle et de malhonnêteté intrinsèque profonde.

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Estelle
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Ce soir sur Arte :wink:
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gbarnga
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A voir plus comme un film, la vision de son auteur qu'un documentaire.
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