Lac Tanganyika: La baisse des eaux freine dangereusement le trafic
Kinshasa, 26/11/2005 / Société
La baisse des eaux du Lac Tanganyika, voie de circulation vitale pour les pays riverains, rend de plus en plus difficile le trafic des marchandises. Au Burundi et l’Est de la Rd Congo, c’est toute l’économie qui en pâtit
Les eaux du lac Tanganyika, le second réservoir d’eau douce du monde, ne cessent de baisser. Le lac, véritable mer intérieure de 670 km de long et 150 de large, rétrécit. Dans les quatre pays (Rd Congo, Burundi, Tanzanie, Zambie) qui le bordent, c’est l’inquiétude.
Au Burundi, ŕ certains endroits, le lac s’est éloigné de plus de cent mčtres de ses rives. A Bujumbura, le quai pétrolier du port n’a plus aucune goutte d’eau et le quai principal fonctionne au ralenti. L’échelle du port, installée pour suivre le niveau du lac n’est męme plus dans l’eau. La situation est alarmante. Les autorités de la navigation maritime au Burundi ne cachent pas leurs craintes face ŕ ce phénomčne : « La profondeur du bassin du port de Bujumbura, le plus grand sur le lac Tanganyika, n’est plus qu’a 4 m alors qu’elle était initialement ŕ 10 m. Le dépôt d’alluvions est estimé ŕ 2 m. Vous comprenez que l’accostage des bateaux est un véritable casse-tęte », estime Jean-Marie Rwemera, directeur technique de l’exploitation du port de Bujumbura (EPB).
Dans ce port qui s’éloigne de plus en plus de l’eau, le sable se dépose ŕ un niveau tel que les bateaux qui accostent doivent couper les moteurs pour ne pas en aspirer. De petits bateaux les remorquent alors pour le déchargement. L’autre crainte est que les pétroliers sont désormais contraints d’accoster ŕ côté des bateaux de marchandises. Méthode Shirambere, Administrateur directeur général de l’EPB s’inquičte « S’il y a collision, le risque d’incendie est évident ». En outre, pour décharger les produits pétroliers, on a été obligé d’installer provisoirement de nouvelles tuyauteries. A la moindre secousse, ce sera la catastrophe.
Aujourd’hui le port n’est exploité qu’ŕ la moitié de ses capacités. Seule solution dans l’immédiat pour le Directeur du département des transports lacustres, Melchior Barantandikiye, draguer le sable et les alluvions pour récupérer une profondeur de 6 ŕ 7 m. Mais malheureusement, dit-il, « aucune machine de dragage n’est disponible dans la région. La valeur de cette machine est estimée ŕ 2 millions de dollars US et son acquisition s’avčre indispensable ».
Difficultés d’approvisionnement
Tous les ports riverains du lac Tanganyika sont dans la męme situation La plupart des bateaux ne chargent plus que la moitié de leur capacité. Ainsi, par exemple, ŕ Kigoma (Ouest de la Tanzanie), les bateaux ne dépassent gučre 500 tonnes tandis que Mpulungu (Nord-ouest de la Zambie), ils ne sont que 800 tonnes.
Au port d’Uvira, ŕ l’est de la Rd Congo, en face de Bujumbura, les passagers et les marchandises attendent parfois pendant des mois avant de pouvoir se rendre ŕ Kalemie, moins de 600 km au sud. Les armateurs craignent d’enliser leurs navires. Du coup, certaines marchandises sont difficiles ŕ trouver dans les marchés et magasins des deux villes et de leurs environs. A titre d’exemple, plusieurs magasins de pičces de rechange de Bukavu et d’Uvira menacent de fermer leurs portes, des stations services ont mis la clé sous le paillasson, de męme que des dépôts de vivres ou d’autres produits de Kalemie, Moba ou encore Kongolo et Kabalo, dans la province du Katanga.
C’est par le port de Kalemie, en effet, que transitent, entre autres, le carburant, le matériel lourd et les voitures qui viennent d’Asie, via Ie port de Dar Es-Salaam en Tanzanie, pour la Rd Congo. En revanche, les produits européens ou américains qui arrivent ŕ Kinshasa prennent le bateau au port de Kalundu ŕ Uvira pour apporter aux populations du Nord-Katanga friperie, ustensiles de cuisine, appareils électroménagers et matériels informatiques.
Ces difficultés qui freinent le trafic sur le lac, principale voie de communication de la région entraînent aussi une augmentation des prix du transport, d’autant que les frais fixes ne changent pas quelque soit le niveau de chargement du bateau.
Cette diminution des eaux du lac Tanganyika a également des conséquences sur les écosystčmes aquatiques de ce lac trčs riche en poissons. Jean Marie Bukuru, inspecteur des Foręts et point focal technique de la convention de Ramsar, sur les zones humides, cité par le quotidien burundais, Le Renouveau, estime que certains poissons du lac, surtout ceux qui vivent dans les zones rocheuses ou sableuses risquent de disparaître irréversiblement.
(CP)
http://www.congolite.com/economy28.htm
Au Burundi, des lacs qui s’assèchent et des forêts décimées
9 juin 2007
La déforestation a conduit à la diminution d’une grande partie des ressources naturelles, et cette destruction est à l’origine des changements climatiques subis par le Burundi. Aujourd’hui, le niveau du lac Tanganyka baisse d’année en année, et les responsables s’inquiètent d’une future pénurie d’eau.
IRIN, (ONU), 7 juin 2007
(Extraits)
Jean-Marie Sabushimike de l’Université du Burundi a réalisé un film illustrant les problèmes environnementaux auxquels est confronté ce petit pays d’Afrique centrale, qui compte quelque huit millions d’habitants.
La destruction de l’écosystème naturel de la forêt de Kibira - la plus grande du pays - a notamment contribué au réchauffement climatique et à ses conséquences nuisibles dans le pays, à en croire M. Sabushimike.
Cela a par la suite mené à la dégradation des terres agricoles, en raison de l’utilisation intensive des sols dans de nombreuses régions.
L’autre préoccupation majeure liée à l’environnement est la dégradation des marais et des lacs, causée par les conditions climatiques défavorables, observées dans ces régions. En effet, la sécheresse et la désertification ont provoqué une chute radicale des niveaux de l’eau des lacs et l’assèchement des marais.
L’exploitation minière a également contribué à la destruction de l’environnement, selon M. Sabushimike.
Toutes ces dégradations environnementales ont provoqué une augmentation de la pauvreté, surtout au sein des communautés rurales ; une insécurité alimentaire, engendrée par de mauvaises pratiques agricoles ; une diminution croissante des ressources hydrauliques et une réduction des activités dans les secteurs agricole, forestier, énergétique et sanitaire.
(GIF)
Au lac Tanganyika
Selon M. Mbonerane, , ancien ministre de l’Environnement, bien que le lac Tanganyika, le plus grand cours d’eau du pays, sur les rives duquel se dresse la capitale, ne fasse pas partie des lacs du bassin du Nil, son état préoccupe le NBD. En effet, la baisse du niveau de ses eaux a eu un effet indirect sur d’autres lacs, plus petits, du pays, qui se situent dans le bassin du Nil.
« Il est évident que le niveau de l’eau du lac Tanganyika baisse d’année en année », a-t-il déclaré. La baisse du niveau des eaux du lac a mené à une augmentation de l’évaporation, en raison des changements climatiques défavorables, de l’approfondissement du Lukuga, un fleuve situé en République démocratique du Congo (RDC) dans lequel plusieurs marais alimentant le lac ont déversé leurs eaux et de l’absence de structures de protection sur les flancs des collines, qui permet au sol érodé de glisser dans le lac et de le remplir.
La baisse du niveau des eaux a également été causée par la réduction du débit d’eau déversé dans le lac par les rivières. « Auparavant, certaines rivières déversaient leurs eaux dans le lac toute l’année, mais depuis, certaines sont devenues saisonnières, le débit d’eau déversé dans le lac n’est donc pas aussi régulier qu’avant », a déclaré M. Mbonerane.
Les activités agricoles non-réglementées entreprises près des rives du lac ont également contribué au rétrécissement de sa surface, ainsi qu’à la baisse du niveau de l’eau.
« Auparavant, une zone tampon séparait le lac du reste des terres où les activités humaines pouvaient être entreprises ; ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, les terres sont cultivées jusque sur les rives du lac », a-t-il déploré.
Lorsqu’il pleut, tout le sol érodé provenant des terres cultivables environnantes finit dans le lac, ce qui contribue d’autant plus à faire baisser le niveau des eaux.
Des risques annoncés
Dans les années à venir, le problème du manque d’eau pourrait provoquer des guerres dans la région, s’inquiète M. Mbonerane. « Pouvez-vous imaginer un jour sans eau ? C’est pour cette raison que les pays qui ont une influence directe sur le Nil se sont unis pour entreprendre des projets nationaux et transnationaux qui, nous l’espérons, permettront d’éviter les conflits liés aux ressources hydrauliques ».
Chaque fois que l’un des 10 pays - le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la RDC, l’Ethiopie, le Soudan, l’Egypte et l’Erythrée (qui participe en tant qu’observateur) - met en place un projet hydraulique qui touche le Nil, une analyse d’impact est réalisée et chaque pays est consulté.
Le projet Kagera, par exemple, concerne l’utilisation des ressources hydrauliques du fleuve Kagera, en Tanzanie. Le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie participent au projet, puisqu’ils se partagent les ressources de ce fleuve.
Au Burundi, cinq lacs - les lacs Cohoha, Rweru, Rwihinda, Kanzigire et Gacamirinda - se situent dans le bassin du Nil ; la plupart d’entre eux se trouvent dans la province de Kirundo, dans le nord.
« Tous ces lacs ont un gros problème », a expliqué M. Mbonerane. « Au cours des quelque 10 dernières années, la région a connu la sécheresse et une désertification croissante qui ont amené la population à devoir cultiver des terres plus proches des lacs pour avoir de l’eau. Cela a provoqué une réduction considérable de la surface des lacs ».
Le lac Cohoha apparaît dans le documentaire de M. Sabushimike. Il s’agit du plus grand lac, et du plus menacé par les changements climatiques.
« Aucune rivière ne se jette plus dans ces lacs ; leurs eaux proviennent au contraire de sources souterraines », a expliqué M. Mbonerane. « L’évaporation et la culture des terres qui entourent ces lacs ont mis en péril la biodiversité de la région. Au lac Cohoha, la destruction a même provoqué une diminution considérable du nombre d’oiseaux qui peuplaient auparavant les diverses îles du lac ».
La sensibilisation des populations à la conservation de l’environnement et à l’importance du développement durable est la seule solution, si l’on veut réparer les conséquences des changements climatiques au Burundi, a estimé M. Mbonerane.
Publication originale IRIN
Illustation : rivage du lac Tanganika
Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1077
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