ophrys a écrit :
Loin est le temps où la grande majorité des Cichlidés des lacs Malawi et Victoria, étaient désignés sous le genre Haplochromis quand ce n'était pas des Mbunas (pour faire rapide)... Depuis aussi bien en Malawi qu'en Victoria, tout a été splitté en divers et multiples genres (qui a défaut d'être tous monophylétiques mériteraient à mon avis d'être réellement validés).
D'après ce que j'ai pu lire en Victoria, H. obliquidens serait le type du genre Haplochromis (selon Hulk si je ne m'abuse). Quand on voit la forte ressemblance des divers Haplochrominiens du Victoria entre eux (bcp plus qu'entre "Haplochromis" du Malawi) et avec certains représentants hors Victoria comme Astatotilapia calliptera du Malawi, le splitting du complexe d'espèces d'"Haplochromis" du Victoria est-il bien justifié ou fallait-il faire comme dans les autres lacs ? :wink:
Et connexe à cette question, quid des "vrais" Haplochromis??
Je poserais bien la même question sur les Cichlasoma néotropicaux ;o)
Vaste question, mon cher Ophrys, qui a fait couler beaucoup d'encre, et qui est un peu oubliée maintenant. Tout le monde en a pris son parti: la taxinomie des cichlidés du Victoria est définitivement en friches.
L'espèce type du genre est effectivement H. obliquidens (Hulk ne fait que rapporter ce qu'il a lu). En principe, selon Greenwood aui a fait la subdivision a la fin des années 70, seul un petit nombre d'espèces à dents spatulées voisines de l'espèce type font partie du genre.
Dans la foulée, il a subdivisé le vaste groupe des Haplochromis du Victoria en beaucoup de petits genres. Il y a plusieurs problèmes qui entrent en considération.
1/ Fallait-il le faire?
2/ Les genres sont-ils monophylétiques?
3/ Les genres sont-ils identifiables et réutilisables pour de nouveaux taxons?
Je commence par la question 3: la réponse a malheureusement été non. Les critères que Greenwood a retenu sur un certain nombre de spécimens morts ont paru impossible à appréhender par les équipes qui ont suivi (essentiellement des Hollandais, avec quelques autres dont un Français que vous connaissez tous, Yves Fermon alias Youenn alias Homo neanderthalensis fermoliberiensis).
Je continue par la question 1. Fallait-il diviser ce genre? Oui et non à mon avis. Au début, j'ai pensé, oui, bien sûr, vu l'immensité de l'essaim d'espèces renfermé. Après coup, je trouve que la rage subdivisatrice de Greenwood était peut-être excessive, beaucoup de ses "genres" ne sont peut-être séparés que par quelques milliers d'années d'évolution, voire moins. Le fait de les laisser regroupés en ensembles vastes reflète la richesse de cette explosion évolutive, il n'y a pas de "calibre" pour les taxons. Mais malgré tout, la variété des espèces du Victoria et lacs avoisinants méritait largement un éclatement du genre Haplochromis.
La question 2/ est la plus cruciale: ces genres sont-ils monophylétiques. Malheureusement, certains le sont sans doute, d'autres non. Mais vu l'ampleur de la tâche, les successeurs de Greenwood ont préféré jeter l'éponge plutôt que de corriger son travail. Surtout, ce qui plombe toute initiative, c'est le dogme cladiste du taxon paraphylétique interdit (nous y voilà, Jean-Yves, puisque ça te manquait). Plutôt que d'admettre ces taxons, et d'affiner la classification par la politique des "petits pas", on préfère rejeter tout en bloc pour rester dans l'orthodoxie. D'où l'impasse totale actuelle.
Il faut dire aussi que la tâche est d'autant plus compliquée que Greenwood s'est discrédité dans ses derniers travaux en publiant, "preuves" à l'appui, un article affirmant que les ressemblances entre les espèces de différents lacs n'étaient pas des convergences, mais bien des relations de parenté. Autrement dit, en gros, Lobochilotes labiatus, Haplochromis (Paralabidochromis) chilotes et Cheilochromis euchilus seraient plus proches parents entre eux qu'avec d'autres membres de leurs lacs respectifs. Pour moi, ça a sonné le glas de la crédibilité de Greenwood.
Un dernier point: le retrait des "haplos" du Malawi de l'ensemble est bien admis depuis longtemps, puisqu'on avait déjà adopté pour eux Cyrtocara à la place d'Haplochromis, avant que Cyrtocara ne soit subdivisé à nouveau. Ce dernier travail est aussi sujet à erreurs que celui de Greenwood, mais vu que la situation est moins complexe (les espèces sont mieux connues et plus faciles à observer), pour le moment, la tendance est de chercher à conserver ce système en l'améliorant. Mais on est loin du compte, surtout à cause des considérations cladisantes dont je parlais plus haut, qui font que personne ne propose rien de bien sérieux depuis longtemps. La meilleure preuve en est l'ouvrage de Snoeks et al., qui se contente de rajouter des légumes dans la marmite et de vite refermer le couvercle.