Je reviens aussi sec... Pour dire à P. que son explication n'est pas appropriée. En général, les ensembles placés dans des fourre-tout ne sont pas polyphylétiques, mais seulement paraphylétiques. C'est le cas des exemples cités.
En gros, c'est comme si, dans un ensemble de sous-vêtements, on mettait dans des tiroirs les formes bien identifiées: T-shirts, débardeurs, polos, sweat-shirts, etc.
Par contre, on ne sait pas où classer les chemises-Marcel du grand-père: ce sont les sous-vêtements d'antan aux formes plus ou moins définies. Celles-ci, on les range dans un tiroir à part, qui est en quelque sorte le fourre-tout.
Parfois, on s'aperçoit qu'on s'est trompé: l'un des sous-vêtements placés dans le tiroir du grand-père est en fait un truc à la mode dernier cri qui imite une mode passée. Il faut le sortir du tiroir et le placer dans celui de la catégorie similaire dont il est issu. Dans ce cas, le tiroir du grand-père était polyphylétique, et le rangement n'était pas naturel.
Tous les sous-vêtements placés dans le tiroir du grand-père le sont parce qu'il n'y a pas moyen de déterminer de manière rigoureuse à partir duquel l'évolution vers une des autres formes s'est effectuée. Surtout qu'éventuellement, avant que les formes citées plus haut soient fixées, il y a eu des essais de plusieurs fabricants en direction de ces formes, indépendamment et sans que ça n'aboutisse.
Le problème des systématiciens actuels, c'est que beaucoup veulent coûte que coûte lever ces ambiguïtés. Parfois, ils y arrivent, et le sous-vêtement change de tiroir, ce qui n'empêche généralement pas ledit tiroir de rester un fourre-tout. Le plus souvent, ils s'y efforcent sans être parfaitement convaincants. Et donc, ils passent leur temps à répartir les éléments du tiroir du grand-père dans les autres tiroirs, l'un après l'autre. Le premier qui passe fait son tri à lui, le second recommence parce que ça ne lui plaît pas. Pire, le troisième décide de créer de nouvelles catégories pour que ça colle mieux: il classe en fonction de la méthode de fabrication du textile. Il a l'impression d'avoir enfin trouvé la solution, mais en réalité, il reste toujours un tiroir de vieilleries dont on ne sait pas où les classer.
La solution adoptée alors, c'est: "pas question de faire un tiroir de grand-père fourre-tout". On va dire que c'est en "incertae sedis", et on ne les met pas dans l'armoire. On les laisse dans une barquette au milieu du chemin, en disant qu'on les classera plus tard, et on décide d'appeler cette barquette "Lamprologus" entre guillements.
La barquette reste longtemps, très longtemps, au milieu du chemin, on se prend les pieds dedans, on se demande ce qu'elle fout là. Encore pire: les autres tiroirs sont toujours ouverts, parce que ça prend trop de temps de les refermer entre un déplacement de slip d'un tiroir à l'autre. Il y a même des tiroirs qui sont posés par terre, à côté de la barquette des "Lamprologus". Ceux-là, c'est parce qu'une étude moléculaire va (bientôt, très bientot!) tout résoudre.
Et le tiroir reste par terre, et on marche dessus en pestant. Et on perd encore plus de temps à expliquer aux gens qui passent de faire attention où ils marchent et à justifier la présence du tiroir par terre. Et on leur dit que, ça y est, maintenant, on va pouvoir déterminer s-c-i-e-n-t-i-f-i-q-u-e-m-e-n-t l'emplacement de tous les sous-vêtements. Comment? Grâce à une machine à remonter dans le temps, qui ne marche pas vraiment encore, mais ça ne saurait tarder. Et quand on dit en plus que certains sous-vêtements ont été confectionnés en cousant un slip et une chemise-Marcel pendant la guerre, et qu'on demande s'il faut le classer dans le tiroir des slips ou celui des chemises, ceux qui laissent des tiroirs traîner partout vous expliquent que vous n'avez rien compris et que vous êtes rétrograde, et qu'ils ont des méthodes -tout aussi mathématiquement rigoureuses- qui détermineront immanquablement s'il s'agit d'un slip ou d'une chemise.
Pour en revenir aux Neolamprologus (sans jouer les "Neolamprolongations", mon cher B., il faut corriger le titre

), le tiroir de grand-père, c'est le genre Neolamprologus. Lamprologus est issu de ce tiroir (les sous-vêtements qui sont allés vivre dans les fleuves qui se jettent dans le Tanganyika), idem pour Altolamprologus (les slips kangourous à large ouverture buccale) ou Lepidiolamprologus (les strings élancés). Il y aura sûrement moyen de sortir quelques catégories de sous-vêtements dans le fourre-tout des Neolamprologus, mais tant que ce sera avec les méthodes citées plus haut, ce ne sera pas de notre vivant, ni même sans doute de celui de ces poissons, qui auront disparu victime de la surpopu-pollution.