John78 a écrit :
Bon donc en multipliant le nombre de gène analysé, on augmente la part du signal comparé aux bruits. De tel technique on permit de déméler pas mal de problématique que la paléonto ou la bio comparée n'avait pas su résoudre. La phylogénie des mammifères par exemple (exemple médiatique).
Démêler... Pas toujours, du moins pas encore, il y a souvent conflit. En général, elle lève certaines incertitudes ou confirme des parentés connues, telle que celle des cétacés et des artiodactyles, mais sauf erreur de ma part, elle peut être en contradiction totale avec les conclusions paléontologiques, comme dans le cas des pinnipèdes. Selon les données de paléontologie classique, les deux super-familles de pinnipèdes (phocoïdes et otarioïdes) sont issues de deux groupes distincts de fissipèdes canoïdes et ont suivi une évolution parallèle. Les pinnipèdes seraient donc polyphylétiques, alors que d'après les phylogénies moléculaires, ils sont monophylétiques.
Jusqu'à plus ample informé, ma préférence va à la phylogénie paléontologique, qui me paraît plus tangible, et qui se base sur des caractères morphologiques très nets. Maintenant, peut-être qu'en affinant les phylogénies moléculaires, on arrivera soit aux mêmes résultats, soit à démontrer de plus en plus finement que certaines phylogénies classiques font fausse route -il est toujours possible de mal déceler ou mal interpréter des convergences, des réversions ou des sauts évolutifs insoupçonnés.
Mais affirmer du jour au lendemain un résultat en contradiction totale avec certaines "évidences" passées me paraît bien péremptoire, et dans les débuts, ça nous a valu de nombreuses phylogénies moléculaires toutes contradictoires, pour les cichlidés comme pour d'autres branches du vivant.
Maintenant, il faut reconnaître que ce genre de démarche a beaucoup évolué en une quinzaine d'années. Contrairement aux débuts, où les phylogénies étaient proposées parfois par des gens ayant des connaissances en évolution très limitées, de nos jours, non seulement ces phylogénies moléculaires ont gagné en finesse et en précision, mais elles sont généralement confrontées aux théories classiques. Les cas de conflit sont bien mis en évidence et présentés de sorte de montrer que des investigations supplémentaires sont les bienvenues pour lever de telles incertitudes.
Donc, pour le moment, nous sommes à la croisée des chemins. Le moléculaire n'a pas encore prouvé son infaillibilité, mais il progresse à grands pas.
Et de toutes façons, en fin de compte, il n'effacera pas le travail classique d'observation. Pour reprendre le domaine de l'astronomie, beaucoup de choses ont été prédites ou détectées par le calcul avant d'avoir été observées (divers corps du système solaire, par exemple), mais autant que possible, on attend toujours une confirmation par l'observation. C'est ainsi qu'après Pluton, il y a longtemps qu'on prédit l'existence d'une dixième planète sur la base d'interférences gravitationnelles, mais elle n'a jamais été observée. Je crois qu'on pense maintenant qu'en réalité, c'est une multitude de planétoïdes (dont font partie Pluton et Charon, son satellite, ainsi que Kwaoar, un autre planétoïde récemment identifié) qui sont à l'origine de ces interférences.
Je ne sais pas si celà se fera pour des raisons matérielle : séquencer un génome entier c'est encore très lourd et couteux. La classif Linééne a encore du temps devant elle....
Certes, mais c'est un chantier qui, théoriquement, pourrait être lancé très vite, même si les démarrages sont très lents. Je me contente d'espérer que les adeptes des "révolutions modernistes" n'enterreront pas tout notre existant historique en cessant du jour au lendemain de l'utiliser et l'actualiser. Après tout, même si Thalès a vécu il y a plus de 2000 ans, il n'y a pas de raison pour que son théorème cesse de porter son nom.